Deutsche Bank est en effet confrontée depuis un certain temps à un manque de capitaux, et également à une rentabilité défaillante. En outre, sa vision de l'avenir est lacunaire. Ce n'est assurément pas une combinaison gagnante, et la moindre nouvelle décevante risque de provoquer un choc de confiance.
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Deutsche Bank est en effet confrontée depuis un certain temps à un manque de capitaux, et également à une rentabilité défaillante. En outre, sa vision de l'avenir est lacunaire. Ce n'est assurément pas une combinaison gagnante, et la moindre nouvelle décevante risque de provoquer un choc de confiance. Le directeur actuel John Cryan a pris une nouvelle orientation, mais en fin de compte, Deutsche Bank n'a pas pris ses problèmes à bras-le-corps comme elle aurait dû le faire, et ce, depuis plusieurs années déjà. Du fait de la disparition des plantureux bénéfices dans le commerce obligataire, ces problèmes sont de plus en plus pressants. D'abord, Deutsche Bank a omis de renforcer suffisamment sa base de capitaux au cours de la période 2013-2015 lorsque le climat était nettement plus favorable pour le secteur financier, que les banques étaient pleinement soutenues par la Banque centrale européenne (BCE) et que les taux n'étaient pas encore négatifs. Les spécialistes estiment que le capital de base de la banque affiche un déficit de 10 à 20%, ou de 5 à 10milliards EUR. La direction a souligné que le moment était mal choisi pour renforcer le capital du fait de l'incertitude juridique autour de l'issue des nombreuses procédures encore en cours, dont le litige qui l'oppose aux autorités américaines au sujet de la vente de produits de piètre qualité entre 2005 et 2007, et qui se traduit aujourd'hui par l'amende faramineuse évoquée plus haut. C'est un autre point faible de la gestion de l'entreprise ces dernières années. Deutsche Bank a négligé de régler plusieurs procédures juridiques en cours, et donc de lever ces incertitudes. Le montant provisionné, de 5,5milliards EUR, est largement insuffisant et suffirait peut-être tout juste pour trouver un accord avec les autorités américaines. Il est possible que l'amende s'élève finalement à 5 à 6milliards USD. Autrement dit, une augmentation de capital reste à l'ordre du jour, tôt ou tard. Cependant, le groupe a placé l'accent sur la banque d'affaires mais n'est pas un leader du secteur au niveau international, et la concurrence est vive aux États-Unis. Par rapport au total du bilan, Deutsche Bank pèse trop peu au niveau de la banque de détail. Les revenus des activités de marché sont trop fluctuants pour constituer une base solide aux bénéfices futurs. Enfin, son gigantesque portefeuille de produits dérivés, de 42.000milliards EUR, et d'un grand nombre de contreparties, est un autre risque. Heureusement pour les clients, mais pas pour les détenteurs d'obligations et les actionnaires, la banque est "too big to fail", et devra donc être sauvée par l'État allemand en cas d'urgence, même si ce n'est pas à l'ordre du jour. La valorisation de 0,3fois la valeur comptable, contre 0,7fois pour la moyenne européenne, reflète le risque pour l'actionnaire. ConclusionLa probabilité est réelle que Deutsche Bank doive procéder à une augmentation de capital pour renforcer sa base de capital et redonner confiance aux marchés. Cette opération induira cependant une dilution (considérable) pour les actionnaires actuels. C'est pourquoi nous considérons encore l'action, malgré son cours historiquement faible, comme l'investissement le plus risqué du secteur bancaire européen. À éviter!Conseil : vendre/rester à l'écartRisque : élevéRating : 3C