Début 2019, Colruyt comptait encore parmi les meilleures valeurs défensives. La chaîne de supermarchés damait le pion à ses concurrents. Elle gagnait des parts de marché, dégageait de confortables marges bénéficiaires et affichait un bilan extrêmement robuste, si bien que les investisseurs se ruaient sur son action, en dépit de la prime à débourser. Elle se négociait en effet à 67,5 euros début juin de cette année-là; la valeur de l'entreprise était passée à 12 fois le cash-flow opérationnel, le ratio cours/bénéfice, à 24. Plus de deux ans plus tard, les investisseurs ne paient plus que six fois le cash-flow opérationnel et 14 fois le bénéfice. Envolée, la prime qu'ils déboursaient par rapport aux actions des concurrents! Et l'on ne peut plus vraiment...

Début 2019, Colruyt comptait encore parmi les meilleures valeurs défensives. La chaîne de supermarchés damait le pion à ses concurrents. Elle gagnait des parts de marché, dégageait de confortables marges bénéficiaires et affichait un bilan extrêmement robuste, si bien que les investisseurs se ruaient sur son action, en dépit de la prime à débourser. Elle se négociait en effet à 67,5 euros début juin de cette année-là; la valeur de l'entreprise était passée à 12 fois le cash-flow opérationnel, le ratio cours/bénéfice, à 24. Plus de deux ans plus tard, les investisseurs ne paient plus que six fois le cash-flow opérationnel et 14 fois le bénéfice. Envolée, la prime qu'ils déboursaient par rapport aux actions des concurrents! Et l'on ne peut plus vraiment qualifier l'action de défensive. La responsable: la crise sanitaire. Depuis la crise, Colruyt voit sa part de marché s'éroder, notamment parce que beaucoup de particuliers ont préféré faire leurs courses dans des magasins de proximité. En Belgique, la part est désormais de 31%. Récupérer la part perdue ne sera pas aisé: les acteurs du secteur se livrent une bataille féroce, en multipliant les réductions de prix et promotions. Les consommateurs ne s'en plaindront pas. Mais les actionnaires de Colruyt se demandent comment le groupe va accroître ses marges. Certains clients partis chez les concurrents y ont découvert des produits plus adaptés à leurs besoins. Leur garantir les meilleurs prix en temps de crise n'a pas suffi pour les garder. Entre autres parce que le budget courses de nombreux ménages s'est accru - ils ont dépensé et dépensent toujours moins pour leurs diverses autres sorties (restaurant, etc.) qu'en temps normal. Cela dit, ils voient leur pouvoir d'achat s'amenuiser depuis la forte hausse des prix de l'énergie. Colruyt pourrait donc les voir revenir.Autre problème: le groupe dépense toujours plus. Nombre de produits sont plus chers qu'avant - Colruyt doit parfois se battre avec des fournisseurs pour les obtenir à meilleur prix - et il ne peut répercuter la hausse sur ses clients. Les coûts salariaux sont en hausse aussi. Les charges opérationnelles ont augmenté, à 19,1% du chiffre d'affaires; des mesures de réduction des coûts s'imposent. La concurrence acharnée et la hausse des coûts se ressentent naturellement dans les chiffres du 1er semestre de l'exercice 2021/22, qui s'étend de début avril à fin septembre. Le chiffre d'affaires est demeuré quasi stable, mais le cash-flow opérationnel a reculé de 17% et le bénéfice opérationnel, de 32%. La marge bénéficiaire (bénéfice opérationnel/chiffre d'affaires) a diminué à 4,2%, un niveau comparable à celui de la concurrence, alors que ces dernières années le groupe s'en distinguait précisément grâce à celle-ci. Le bénéfice par action a chuté de 33%, à 1,21 euro.La direction ne s'attend pas à une amélioration dans l'immédiat. Elle pronostique pour l'intégralité de l'exercice un bénéfice net bien inférieur à celui de l'exercice précédent. Le groupe, qui a par ailleurs investi énormément dans des activités annexes (mode, fitness, etc.), a donc du pain sur la planche. Le contexte (crise, marché de plus en plus compétitif, coûts en forte hausse) met Colruyt dans une impasse. Le distributeur a encore publié des résultats décevants. Ses perspectives sont à l'avenant. Sans surprise, l'action a dévissé. Le groupe est faiblement valorisé, mais il ne fait aucun doute que le sentiment négatif du marché est déjà intégré dans le cours. Nous maintenons notre conseil. ?Conseil: conserverRisque: moyenRating: 2BCours: 37,6 eurosTicker: COLR.BBCode ISIN: BE0974256852Marché: Euronext BruxellesCapit. boursière: 4,9 milliards EURC/B 2020/21: 17C/B attendu 2021/22: 14Perf. cours sur 12 mois: -23%Perf. cours depuis le 01/01: +1%Rendement du dividende: 3%