L'action Oracle a bondi de près de 40% ces 12 derniers mois, une performance d'autant plus remarquable que le chiffre d'affaires (CA) n'évolue guère depuis plusieurs années - le groupe prévoit pour l'exercice en cours, qui sera clos en mai, une croissance de 4-5% de son CA. L'évolution du titre s'explique en fait, du moins en partie, par les rémunérations accordées aux actionnaires.
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L'action Oracle a bondi de près de 40% ces 12 derniers mois, une performance d'autant plus remarquable que le chiffre d'affaires (CA) n'évolue guère depuis plusieurs années - le groupe prévoit pour l'exercice en cours, qui sera clos en mai, une croissance de 4-5% de son CA. L'évolution du titre s'explique en fait, du moins en partie, par les rémunérations accordées aux actionnaires. Oracle a en effet racheté pour 7 milliards de dollars (USD) d'actions propres le trimestre dernier, un chiffre à peu près identique à celui des trimestres précédents. Il a en outre ajouté 10 milliards USD au programme en cours. Ses cash-flows étant loin de suffire à couvrir la dépense, il s'endette de plus en plus. Alors que jusqu'en 2015, il disposait d'une confortable trésorerie, sa dette nette dépasse aujourd'hui 55 milliards USD; peu soutenable, cette forme d'ingénierie financière suscite certaines critiques. Certes élevée en termes absolus, la dette est en réalité gérable, puisqu'elle ne dépasse pas trois fois le bénéfice opérationnel ajusté. D'après ses détracteurs, le programme de rachats viserait à masquer le manque d'opportunités d'investissement. Oracle a balayé l'affirmation, en procédant à la plus grande acquisition de son histoire: il a absorbé en décembre l'américain Cerner, qui conçoit des logiciels destinés au stockage et à l'analyse de dossiers médicaux. Un tiers des hôpitaux américains sont clients de Cerner, qui fournit également des établissements de soins et des cabinets médicaux. Cerner est numéro 2 sur ce marché après Epic Systems, non coté en Bourse. Avant la transaction, il affichait une capitalisation boursière de 23 milliards USD. Il achève l'exercice 2021 sur un CA de 5,8 milliards USD, 5% de plus qu'en 2020. Oracle, qui possède plusieurs applications de santé, compte intégrer les clients de Cerner dans son propre modèle cloud. L'opération lui coûte 95 dollars par action, soit près de 28,4 milliards USD et cinq fois le CA escompté. Aucun problème de concurrence ne se pose en principe et les deux entreprises espèrent clore la transaction d'ici fin 2022. Cerner contribuera d'emblée au bénéfice consolidé. Au terme du 2e trimestre (fin novembre), Oracle disposait de 22,8 milliards USD de liquidités et actait pour 78,4 milliards USD de dettes: une grande part de l'acquisition sera donc financée par de nouvelles dettes, ce qui devrait peser sur le programme de rachats et sur la note. Le groupe compte poursuivre son expansion dans le cloud, où il est à la traîne par rapport à Microsoft, Amazon et autres Alphabet. Il a accusé au 2e trimestre de l'exercice 2022 une perte nette de 1,25 milliard USD, due à des dépenses juridiques exceptionnelles. Le bénéfice ajusté par action est supérieur aux prévisions (1,21 USD, contre 1,11 USD escompté) et le CA s'établit à 10,36 milliards USD (10,21 milliards attendus). Les progiciels de gestion intégrés (ERP), dont Fusion (finance) et NetSuite (gestion pour PME), affichent de forts taux de croissance. Le dividende trimestriel reste fixé à 0,32 USD.Sur le plan opérationnel, l'acquisition de Cerner se défend, puisque les sociétés de logiciels cherchent à développer leurs activités dans le secteur en pleine expansion de la santé. Mais la contribution à la croissance restera limitée, du moins dans un premier temps. Sur le plan financier, la dette va s'alourdir encore, au détriment du programme de rachats qui jusqu'à présent soutenait l'action. Le titre est moins onéreux que celui de sociétés comme Microsoft, Amazon et Alphabet, dont la croissance est par ailleurs beaucoup plus rapide. Conseil: conserver/attendreRisque: moyenRating: 2BCours: 88,78 dollarsTicker: ORCL USCode ISIN: US68389X1054Marché: NYSECapit. boursière: 281 milliards USDC/B 2021: 19C/B attendu 2022: 18Perf. cours sur 12 mois: +37%Rendement du dividende: 1,4%