Nous avions entamé l'année en annonçant un scénario optimiste, le plus optimiste depuis dix ans sans doute. Nous caressions même l'espoir de voir s'ouvrir une longue période (jusqu'au changement de décennie au moins) de croissance économique soutenue, y compris et surtout en zone euro.
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Nous avions entamé l'année en annonçant un scénario optimiste, le plus optimiste depuis dix ans sans doute. Nous caressions même l'espoir de voir s'ouvrir une longue période (jusqu'au changement de décennie au moins) de croissance économique soutenue, y compris et surtout en zone euro.Les prévisions sont cependant revues à la baisse depuis février/mars. Les indicateurs avancés semblent avoir atteint leur sommet, la hausse des cours du pétrole prend des proportions inattendues, les résultats de la Chine sont décevants et, surtout, les taxes imposées par les Etats-Unis sur les importations chinoises, européennes, canadiennes, etc. risquent de provoquer une véritable guerre commerciale. Ce dernier élément, vraisemblablement le plus dangereux et le plus difficile à chiffrer, n'est pas encore intégré dans les prévisions de croissance des grandes institutions. Toutes reconnaissent certes avoir elles aussi fait preuve d'un optimisme exagéré, mais ajoutent que le niveau de croissance restera acceptable en 2018 et 2019. Les révisions à la baisse sont de l'ordre de 10 à 20 points de base, plutôt que de 100. Cette légère correction est en réalité une bonne chose, parce qu'elle réduit le risque d'augmentation (trop) rapide des taux. Elle n'en a pas moins incité la plupart des investisseurs à réorganiser leur portefeuille selon une configuration plus défensive. Sur les marchés obligataires de la zone euro, ce changement de stratégie revient à délaisser les pays périphériques (sud de l'Europe) au profit des émetteurs solides, comme l'Allemagne. L'investisseur s'intéresse par ailleurs à nouveau aux couronnes norvégienne et suédoise, aux dollars de divers pays, etc. Ce qui nous conduit à aborder la question des portefeuilles d'actions. L'abaissement des prévisions a également affecté la composition des portefeuilles d'actions. D'un point de vue géographique, opter pour une configuration plus défensive revient à relever la pondération des actions américaines au détriment de celles de la zone euro et des marchés émergents. Même si Wall Street est (nettement) plus cher que les autres Bourses occidentales, il est le marché le plus liquide et, manifestement, le plus stable, depuis plusieurs années. C'est aux Etats-Unis que les perspectives sont les moins compromises, même si la crainte d'une détérioration brutale de la conjoncture en 2018 ou 2019 est incontestablement présente, et justifiée. Au niveau sectoriel, privilégier une attitude plus défensive implique de réduire le poids des secteurs cycliques, sensibles à la conjoncture, au profit de secteurs plus défensifs, comme les biens de consommation. Ces derniers font depuis plusieurs semaines nettement mieux que la moyenne du marché, et en particulier que les secteurs cycliques; nous misons donc sur des titres comme AB InBev, Kraft Heinz et Ontex.