Pas de vacances pour les marchés

Les événements géopolitiques empêchent les marchés de s’assoupir. Les sanctions à répétition contre la Russie préoccupent.

Tout entrepreneur à caractère international se demande s’il peut continuer de faire des affaires avec la Russie sans courir de risques. Aussi, par précaution, la plupart préfèrent mettre leurs activités en suspens actuellement.

Les conséquences sont multiples. Les obligations ne sont pas épargnées. Les émissions russes ont dégringolé partout, avec parfois de fortes pertes. Leur effritement n’a bien sûr rien à voir avec la solidité des entreprises concernées. Il résulte de la crainte d’un manque subit de liquidités. Aucune institution ne souhaite conserver des titres en portefeuille dont la négociabilité n’est plus assurée. Elle préférera s’en débarrasser, engendrant inévitablement la chute de leur cours.

TLTRO

Les préoccupations géopolitiques ne sont pas les seules qui inquiètent les investisseurs. Les audits qui se dérouleront à partir de l’automne ne les rassurent pas davantage. Les banques européennes, par exemple, s’apprêtent à lever le premier volet de la nouvelle facilité de la Banque centrale européenne (BCE), le TLTRO (Targeted Long Term Refinancing Operations), le successeur du LTRO dont les premiers remboursements auront lieu en fin d’année. Les banques pourront emprunter dès septembre à 0,25%. Le but n’est pas de remplacer les emprunts anciens par ceux-ci, du moins officiellement. Surtout que les conditions des deux facilités diffèrent totalement. Les banques des pays périphériques, entre autres les italiennes et les espagnoles, qui ont encore une ardoise de 350 milliards d’euros (EUR), pourraient rencontrer quelques difficultés.

La nouvelle facilité pourrait en outre réduire sensiblement les émissions du secteur bancaire. On l’avait déjà constaté lors de la mise en place de la première facilité en 2011. On a aussi calculé que cette facilité a contribué à faire baisser les taux d’intérêt de 100 points de base. L’incidence de la nouvelle facilité ne sera pas aussi importante, car les taux sont déjà excessivement bas et ne permettent plus une telle dégringolade.

Banques de l’ombre

Les taux d’intérêt ne peuvent pas grimper, du moins techniquement. Une question subsiste cependant : combien de temps durera ce phénomène ? Les banques centrales occidentales se posent d’autres questions encore. Les marchés financiers qui servent à transférer l’argent de l’endroit où il est abondant vers d’autres où il fait défaut, ne remplissent plus leur rôle comme avant. Les principaux intervenants actuels ne sont plus les banques d’autrefois mais les banques de l’ombre (des fonds spécialisés). Ces institutions ne sont bien entendu pas sous la tutelle des banques centrales. Ces dernières craignent aujourd’hui que leurs pratiques soient peu orthodoxes. Leur envergure est estimée à quelque 70.000 milliards de dollars (USD). Personne ne sait si leurs opérations sont convenablement couvertes contre toutes sortes de risques.

Les banques centrales, les organisations de surveillance et la Banque des règlements internationaux ont décidé de collaborer pour superviser ces institutions qui, souvent, émanent des banques elles-mêmes. Mais vu la complexité du système et la réticence des institutions récriminées, il est peu probable qu’on enregistrera de sitôt une avancée notable dans ce domaine. Cela signifie que les risques resteront inconnus, voire incalculables.

Au lieu de définir clairement le fonctionnement précis des marchés et les prérogatives de leurs acteurs, les instances de surveillance, les dirigeants politiques et toutes les parties concernées préfèrent émettre des directives détaillées sur la moindre activité, directives qui seront caduques dès leur apparition. Les soubresauts géopolitiques compliquent à leur tour l’ensemble, créant de nouveaux risques imprévus.

L’euro a fléchi

Pour l’instant, les investisseurs se félicitent de la baisse des taux d’intérêt suite à la politique monétaire menée. Il va de soi que cela ne durera pas indéfiniment. La faiblesse artificielle des taux d’intérêt perturbe déjà le marché des changes. L’EUR a fléchi face à presque toutes les autres devises. Il a perdu près de 0,6% par rapport à l’USD, 0,8% face au yuan chinois (CNY). Malgré la hausse des taux directeurs de 0,25% jusqu’à 3,5%, le dollar néo-zélandais (NZD) a cédé 0,9%. C’est que le gouverneur avait déclaré que c’était probablement la dernière fois qu’il modifiait les taux et, surtout, que le dollar était surévalué. Les spéculateurs du carry trade ont sitôt pris les devants et clôturé leurs positions en toute hâte. Les autres devises à haut rendement, en revanche, ont progressé. La lire turque (TRY) a gagné 2,1%, le rand sud-africain (ZAR) 1,9%, même le rouble russe (RUB) s’est raffermi de 0,5% suite au relèvement des taux directeurs dans le pays.

Sur le marché des capitaux, les investisseurs sont toujours à la recherche de la sécurité. Les émetteurs souverains, surtout européens en EUR et les émergents en USD, ont affiché de belles performances. Les échelles des taux d’intérêt se sont tassées partout sauf en Nouvelle-Zélande et en Russie, et se retrouvent à leur niveau historique le plus bas. Le marché primaire reste submergé par les nouvelles émissions. La majorité d’entre elles s’adressent aux investisseurs institutionnels.

Pour les petits porteurs

BNP Paribas Fortis (A2) et KBC Ifima (A) proposent aux petits porteurs des émissions de petite taille dans différentes devises. Les titres au nom de la KBC sont non seulement peu attrayants, ils comportent en outre une clause particulière qui annule leur valeur le jour où la banque rencontrerait des difficultés financières, une clause bail-in. Si un événement pareil survenait, le porteur verrait son placement disparaître ou serait remboursé en actions qui n’auraient plus aucune valeur. Pourquoi accepterait-on de tels risques si la compensation fait défaut ? L’émission en USD est de surcroît spéculative. Le coupon se transforme au bout de trois ans pour être lié au taux des swaps, sans qu’il puisse être inférieur à 1% ni supérieur à 4,5%. Le rendement se situera donc entre 1,89 et 3,56%, pourvu que la clause bail-in ne soit pas invoquée. Les titres au nom de la BNP portent des conditions plus conformes à celles du marché. Leur petite envergure ne leur garantira toutefois pas une négociabilité satisfaisante. C’est pourquoi nous vous renvoyons à une des alternatives proposées. La nouvelle tranche en TRY de la BEI (AAA, supranationale) est plus chère que l’existante. Si vous parvenez à maîtriser différence de prix et frais de transaction en dessous de 0,87%, optez pour l’existante. Remarque identique pour la nouvelle tranche en ZAR de la KfW (AAA, avec garantie allemande). Différence de prix et frais de transaction peuvent s’élever jusqu’à 1,48% dans ce cas-ci.

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